Send Help
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Que Sam Raimi nous avait manqué. C’est la première idée qui s’impose après quelques secondes.
En mettant de côté Doctor Strange, œuvre de commande dont on regrette presque qu’elle porte sa signature, et malgré les fulgurances d’Oz, il faut remonter à Drag Me to Hell pour retrouver un Raimi qui semblait avoir les coudées franches. Seize années durant lesquelles le créateur d’Evil Dead donnait parfois l’impression de lutter pour préserver son identité au sein d’une industrie qui cherche moins à nourrir les auteurs qu’à les absorber.
Avec Send Help, projet amené à Raimi Productions par deux scénaristes qui rêvaient d’en voir le réalisateur aux commandes, il signe son premier film classé R depuis le formidable The Gift.
Le postulat – une employée ambitieuse coincée sur une île avec son patron détestable – rappelle évidemment Drag Me to Hell. Même mécanique initiale : une femme en quête d’ascension sociale confrontée à une figure hostile. Mais là où Christine était condamnée pour une faute morale isolée, commise presque malgré elle, l’héroïne de Send Help ne se présente jamais comme une innocente. Malgré toute la sympathie qu’on peut avoir, Rachel McAdams la joue dès le départ comme une anomalie, ce qui rend l’identification plus trouble. Et l’antipathie du personnage de Dylan O’Brian ne vient rien arranger.


C’est peut-être là que Raimi surprend le plus. Ses personnages ont longtemps été punis pour leur bonté ou leur naïveté. Ils perdaient parce qu’ils restaient humains. Ici, la trajectoire s’inverse. On ne triomphe plus en restant pur, on survit en acceptant de ne plus l’être. La victoire ne vient pas malgré la transgression morale, mais grâce à elle.
Le constat est d’un cynisme presque nouveau chez Raimi, comme si le cinéaste avait lui aussi appris à survivre.
Mais pour autant, rien n’a disparu de son énergie. Le crash d’avion, aussi brutal que cartoonesque, rappelle à quel point Raimi reste un cinéaste du choc visuel. Le gore, loin d’être gratuit, agit comme une catharsis, un exutoire jubilatoire. Et au passage, quel plaisir de voir une 3D aussi peu avare en jaillissement. Même si elle n’est malheureusement pas native, elle rappelle à quel point la caméra de Raimi a toujours mené vers le relief.
En fin de compte, Send Help rappelle surtout une chose : peu d’auteurs savent aussi bien transformer la cruauté en pur cinéma avec une telle jubilation.

