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Superman au cinéma : de l’idéal au désenchantement

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Superman revient au cinéma dans les prochains jours, cette fois sous la houlette de James Gunn, nouveau maître d’orchestre du DC Universe. Le cinéaste, transfuge du MCU, a pour mission de sortir DC de l’ornière laissée par le Snyderverse. Mais la vraie question, c’est peut-être : le public croit-il encore à Superman ? Ou mieux : croit-il encore aux super-héros ? Car depuis quelques années, la ferveur est retombée. Les cartons au box-office se raréfient. Les critiques se durcissent. Et même les fans semblent fatigués.

Alors plutôt que de prédire l’avenir, on a eu envie de revenir à la source. Ou plutôt, à un miracle : celui du Superman de Richard Donner.

1978 : croire qu’un homme peut voler

Quand Superman sort en 1978, le projet a tout du pari insensé. Donner, qui vient du thriller et du film d’horreur (The Omen), se retrouve à la tête d’une superproduction à l’ampleur inédite. Les producteurs veulent un blockbuster dans la lignée de The Towering Inferno ou Star Wars, avec un casting prestigieux et des effets jamais vus. Ils embauchent Marlon Brando pour jouer Jor-El et Gene Hackman pour Lex Luthor, mais c’est un inconnu, Christopher Reeve, qui créera la véritable alchimie.

Le film est un concentré de candeur. Il n’a qu’une seule idée : faire croire qu’un homme peut voler. Et tout est mis en place pour y parvenir. La photographie lumineuse de Geoffrey Unsworth, les effets spéciaux novateurs, la mise en scène classique mais habitée de Donner, et surtout la partition de John Williams, qui confère au héros une grandeur mythologique.

Mais ce qui frappe, plus que tout, c’est le ton du film. Un optimisme débordant, presque désuet aujourd’hui. Superman ne cherche pas à déconstruire son héros, ni à interroger sa place dans le monde. Il croit en lui. Et par extension, il croit en nous. Il incarne cette logique fondatrice des comics de l’âge d’or : celle d’une figure qui révèle ce que l’humanité peut avoir de meilleur.

Il est évident que le film appartient à son époque et qu’on ne peut demander à un film d’aujourd’hui de dérouler le même programme. Pourtant, lorsque Sam Raimi aborde son Spider-man plus de 20 ans après, c’est avec la même croyance inébranlable dans son personnage et dans ce qu’il représente.

Superman après Superman : l’impossible héritage

Depuis ce miracle de 1978, tous les Superman au cinéma ont échoué à retrouver la même magie. Après un second film dont paternité fut compliquée, la saga s’enfonce dans la même désinvolture nanardesque que des Rambo 3 ou Jaws 4.

Il faudra attendre 2006 et Superman Returns de Bryan Singer pour voir le personnage revenir au cinéma par la grande porte. Si le film tente un hommage respectueux en adoptant la voie du soft reboot, il s’enferre surtout dans la nostalgie maladive. Man of Steel (Zack Snyder, 2013) choisit une autre voie : celle de la gravitas, du héros torturé, presque coupé de l’humain. Snyder filme Superman comme une icône christique, traquant l’image forte plutôt que l’émotion simple. Et là où Donner exaltait la bonté, Snyder met en scène le doute, la peur, la destruction. Le résultat ? Un héros qui ne fait plus rêver. Plus distant, plus sombre, parfois même plus terrifiant que ses ennemis. Le comble pour un personnage censé représenter l’espoir.

Derrière la trajectoire de Superman se dessine une évolution plus large : le vieillissement du genre super-héroïque au cinéma. Porté par le MCU pendant plus d’une décennie, le modèle s’essouffle. Les films se suivent et se ressemblent. La promesse d’émerveillement laisse place à une logique de feuilleton industriel, entre sarcasme et spectacle creux. Tout genre ayant connu son heure de gloire et sa surexploitation a fini par sombrer dans le désintérêt. Mais jamais nous n’avions connu une telle overdose. Le genre a littéralement occupé la majeure partie de la production américaine à gros budget ces dernières années.

La sincérité des débuts a laissé place à une posture méta, où tout est ironisé avant même d’avoir été énoncé. Les héros doutent, les fans doutent, les studios aussi. Et dans cette grande fatigue, Superman paraît presque trop pur pour survivre.

2025 : croire à nouveau ?

Et voilà que James Gunn entre en scène. L’homme qui a réussi à imposer un raton-laveur parlant dans le coeur du MCU. Un auteur, issu de l’usine Troma, capable de mêler grotesque et émotion sincère avec une tendresse réelle pour ses marginaux.

Peut-il réconcilier Superman avec son époque ? C’est tout le pari de ce nouveau départ. Trouver le ton juste, entre foi et modernité. Offrir un héros qui inspire sans paraître idiot, qui croit encore en quelque chose sans passer pour un boy-scout dépassé.

Car au fond, on n’a peut-être jamais eu autant besoin de héros sincères. Pas des sauveurs messianiques ou des machines à punchlines. Juste des figures capables de nous faire croire à nouveau. Mais reste-t-il une place et une envie pour une énième tentative ? Si Superman de Donner n’a pas pris une ride, c’est parce qu’il est simple, direct, et qu’il croit à son propre récit. Il n’a pas peur du ridicule, ni de l’émotion. Il nous dit qu’un homme peut voler. Et pendant deux heures, on y croit.

C’est peut-être ça, le vrai super-pouvoir du cinéma.

Superman est un film américain écrit et réalisé par James Gunn, et sortira au cinéma le 11 juillet 2025.

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