Flight Risk – À trop jouer la prudence

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Retour en grâce ou simple détour ? Flight Risk laisse planer le doute sur les intentions de Mel Gibson, dans un thriller carré mais trop sage pour réellement marquer.

On aurait pu croire que Hacksaw Ridge ramènerait Mel Gibson sur le devant de la scène. Après tout, le film avait rencontré un succès critique et commercial, lui valant même une reconnaissance tardive aux Oscars. Pourtant, près de dix ans plus tard, Gibson n’a jamais réellement retrouvé sa place. Entre apparitions indignes dans des DTV oubliables et un Passion of the Christ 2 en chantier depuis des années, il revient aujourd’hui par une étonnante petite porte.

Flight Risk a, en apparence, tout du proto-thriller d’action des années 90. Celui des Turbulences ou Passager 57. Un postulat simple – un témoin escorté en avion pour aller témoigner –, une unité de lieu et de temps propice à un suspense efficace, et surtout une promesse intrigante : revoir Mad Mel devant la caméra.

Gibson, cinéaste de l’hyperbole et de l’emphase – que certains diraient pompeux –, aurait pu utiliser cet exercice comme un moyen de redéfinir son cinéma, d’explorer une approche plus contenue. Dans un Hollywood où un personnage comme lui n’a plus sa place que dans les marges du système, il y avait matière à voir dans Flight Risk un retour en grâce par l’exercice de style.

Topher Grace est Winston dans Flight Risk. Photo Credit: Courtesy of Lionsgate

Et si le film est tout sauf honteux, il peine à dépasser son statut de thriller du samedi soir bien emballé, mais sans aspérités. La mise en place est pourtant d’une rigueur exemplaire: chaque choix de caméra dans l’espace exigu de l’avion est réfléchi, signifiant, et souvent payant. Quelques plans numériques trahissent un budget limité, mais la gestion de l’espace reste soignée. Mark Wahlberg, lui, tord son image avec un plaisir manifeste, flirtant parfois avec le grand-guignol, ce qui apporte au film une légèreté inattendue, sans jamais totalement briser sa gravité.

Mais si Flight Risk ne manque pas d’efficacité, il ne va jamais au-delà. Plus carré que percutant, plus appliqué qu’audacieux, il se contente d’un cadre sans jamais chercher à en repousser les limites. Il a plus de gueule qu’un banal produit Netflix, mais il manque ce grain de folie, cette singularité qui auraient pu en faire un vrai film de Gibson. Tout semble mesuré, sous contrôle, presque neutre dans son exécution.

Difficile alors de comprendre ce que Gibson cherchait à accomplir avec ce projet. Un retour en douceur ? Une simple transition alimentaire ? Il aurait été tentant d’y voir un sous-texte politique, une charge contre un système qui ne veut plus de lui, une provocation déguisée… Mais il n’en est rien. Flight Risk n’essaie jamais d’être autre chose que ce qu’il est. Peut-être que Gibson, en réalité, n’avait rien à prouver ici. Peut-être que ce n’était qu’un détour, un financement pour un autre projet, une façon d’avancer sans bruit.

En l’état, le film reste un divertissement honnête, plus abouti que la plupart des thrillers produits à la chaîne sur les plateformes. Mais dans une carrière qui a toujours oscillé entre le spectaculaire et le scandaleux, entre l’excès et la maîtrise absolue, Flight Risk ressemble à une étrange parenthèse.

Flight Risk est un film de Mel Gibson sorti le 24 janvier 2025 au Canada.
Toutes les images de Flight Risk sont fournies par Lionsgate et utilisées à des fins journalistiques uniquement.