Final Destination: Bloodlines — La mort a de beaux restes

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Il aura fallu près de 15 ans pour que la franchise Final Destination revienne d’entre les morts. Et pourtant, malgré cette longue pause, le concept n’a jamais semblé périmé. Rentable et reconnaissable : Final Destination reste l’une des rares sagas horrifiques à reposer sur une idée de mise en scène pure, presque théorique. Un cinéma de concept, au sens noble du terme. Pas de tueur masqué, pas de démon changeant selon les tendances, juste une entité abstraite qui manipule les éléments pour reprendre ce qu’on lui a volé : des vies échappées à leur destin.

C’est ce cadre, froid mais stimulant, qui a toujours donné à la série sa force d’attraction. Même ses épisodes les plus faibles (on pense notamment au quatrième film : fainéant, laid et mal rythmé) conservaient ce plaisir simple et sadique : voir les dominos tomber. Final Destination, c’est du suspense à l’état pur, une mécanique qui transforme chaque scène en terrain de jeu. Et c’est probablement ce qui la distingue encore aujourd’hui dans un paysage horrifique saturé de formules paresseuses.

Bloodlines réussit à ranimer cette formule… par intermittence. Quand il s’agit de mettre en scène les morts, le film retrouve un certain éclat. Son ouverture, un flashback situé dans les années 60, en est le meilleur exemple. Rarement la franchise aura pris autant de temps pour installer ses enjeux : choix de décor audacieux (un restaurant vertigineux), travail sur les micro-détails, accumulation de pièges potentiels… jusqu’à l’inévitable point de rupture. C’est généreux, virtuose par moments, et franchement jouissif, même si certains effets numériques bâclés (notamment les plans larges de la structure) viennent ternir l’ensemble.

Les autres morts du film s’inscrivent dans cette même logique : celle d’un fusil de Tchekhov extrême, où chaque élément à l’image peut potentiellement être l’outil du trépas à venir. Cette approche, qui fonde l’ADN de la saga, continue de fonctionner. Elle donne une tension continue, une forme de jeu de piste visuel qui engage activement le spectateur. Ce n’est pas un hasard si les scénaristes du premier film venaient de X-Files : la logique, la structure, la construction rigoureuse des événements ont toujours été au cœur de la série. Final Destination, c’est le plaisir pervers de la mise en scène avant tout. Et tant que ce moteur-là tourne, le film tient debout.

Mais c’est dès qu’il s’éloigne de cette dynamique que Bloodlines se fragilise. Le film tente d’épaissir son propos en introduisant une idée d’héritage familial : une lignée marquée par la vision initiale de la mort, transmise de génération en génération. Ce fil rouge donne lieu à une série de scènes dramatiques poussives, où l’on tente d’installer une continuité émotionnelle, notamment à travers le personnage de la grand-mère, rescapée du flashback d’introduction, qui revient ici comme mentor désabusée. Une figure qui évoque inévitablement Laurie Strode dans les Halloween de Blumhouse : survivante revenue de tout, tentant d’armer la nouvelle génération. Mais là où Jamie Lee Curtis réussissait à incarner quelque chose de tangible (même dans des films discutables), ce personnage secondaire ici peine à dépasser le cliché. Mal écrit, mal dirigé, il alourdit l’ensemble plus qu’il ne l’éclaire.

Globalement, de toute manière, le casting est loin de briller comme on aurait pu s’en douter. Les jeunes personnages manquent d’identité, de voix, de regard. On les oublie aussitôt, ce qui n’est pas un drame dans ce type de film, mais qui a tendance à rendre les longues séquences de dialogue un poil ennuyantes. Le spectateur n’attend que le spectacle de la mort, et heureusement, celui-ci reste au rendez-vous.

Final Destination : Bloodlines fait finalement partie de ces reboots modestes, ni honteux ni brillants, mais qui comprennent au moins ce qui faisait battre le cœur de leur franchise. À l’heure des remakes désincarnés et des relances sans colonne vertébrale, c’est déjà beaucoup. Malgré une volonté de raconter plus de choses qu’il ne le devrait, le film finit par procurer un réel plaisir, bien que léger, mais plus que bienvenue. Parce qu’à la fin, même quand tout le reste coince, Final Destination continue à livrer ce qu’on est venus chercher : une idée de cinéma, certes mince, mais une idée quand même.

Final Destination Bloodlines est un film réalisé par Zach Lipovsky et Adam B. Stein et sorti le 16 mai 2025 au Canada.

Toutes les images du film sont fournies par Warner Bros et utilisées à des fins journalistiques uniquement.