Hollywood North : Le Canada, nouvelle capitale du cinéma ?
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Quand on pense à Hollywood, on imagine immédiatement Hollywood Boulevard, ses lettres mythiques perchées sur les collines de Los Angeles, ses studios et ses plateaux de tournage où sont produits les plus grands blockbusters. Pourtant, une grande partie des films et séries que nous regardons ne sont pas tournés en Californie, mais bien au Canada, dans ce qu’on appelle communément « Hollywood North ».
Depuis plusieurs décennies, le Canada est devenu un acteur incontournable de l’industrie cinématographique mondiale, attirant des productions majeures et développant un savoir-faire technique reconnu. Mais comment et pourquoi ce phénomène s’est-il imposé ?
Hollywood North, c’est quoi exactement ?
Hollywood North désigne l’ensemble des productions cinématographiques et télévisuelles tournées au Canada. Ce terme est apparu dans les années 1970 pour désigner l’essor du Canada comme centre de production cinématographique, en parallèle de Hollywood.
Si Vancouver est souvent considérée comme le cœur de Hollywood North, notamment grâce aux nombreuses séries qui y sont tournées, Toronto et Montréal se sont aussi imposées comme des pôles majeurs, attirant des films internationaux grâce à leur capacité à se transformer en n’importe quelle ville du monde.
Mais pourquoi les studios américains ont-ils choisi le Canada plutôt que de rester sous le soleil californien ? À ses débuts, Hollywood North offrait une combinaison idéale : des crédits d’impôts attractifs, des décors variés et réalistes, une main-d’œuvre hautement qualifiée et des infrastructures modernes adaptées aux grosses productions. Aujourd’hui, le Canada est plus qu’une alternative : c’est un véritable hub du cinéma mondial.
L’histoire de Hollywood North : D’alternative économique à industrie majeure
Dès les années 60-70, les studios américains commencent à chercher des alternatives moins coûteuses pour tourner leurs films. Plusieurs productions majeures font alors escale au Canada pour profiter de ses paysages et de ses coûts réduits. Le Superman de Richard Donner (1978), tourné en partie à Calgary et Vancouver, ainsi que First Blood (1982) du réalisateur torontois Ted Kotcheff, sont parmi les premiers films d’envergure à profiter des atouts du territoire.
C’est au début des années 90 que le gouvernement canadien met en place des crédits d’impôts spécifiques pour attirer davantage de productions étrangères. Ces mesures, adoptées à la fois au niveau fédéral et provincial, transforment Hollywood North en un véritable modèle économique.
Dans les années 90, la production de films et de séries explose au Canada. Les villes canadiennes deviennent les doublures parfaites des grandes métropoles américaines, tandis que plusieurs studios s’implantent définitivement sur le territoire.
L’influence déterminante de The X-Files
Le tournant majeur se produit avec The X-Files, la série créée par Chris Carter en 1993. Produite à Vancouver, elle devient rapidement un phénomène mondial et marque l’industrie télévisuelle. Choisie pour son atmosphère brumeuse, ses coûts réduits et la qualité de sa main-d’œuvre, la ville accueille le tournage des cinq premières saisons, contribuant à son esthétique unique. Petite pensée particulière à Detour, 4ème épisode de la cinquième saison, sorte de croisement entre Deliverance et Predator tourné dans le coin de Lynn Valley à North Vancouver.
L’impact de The X-Files sur Hollywood North est déterminant. Vancouver s’impose rapidement comme un pôle majeur des séries de science-fiction et de fantastique, ouvrant la voie à d’autres productions emblématiques comme Stargate SG-1, Smallville ou Supernatural. En 1998, la série déménage à Los Angeles sous la pression de David Duchovny, mais perd une partie de son identité visuelle. Lorsqu’elle est relancée en 2016 et 2018, elle revient logiquement à Vancouver, preuve que son ADN était indissociable de l’ambiance canadienne.
L’arrivée des blockbusters
Dès la fin des années 90, le cinéma hollywoodien profite à son tour de Hollywood North. Deux tournages majeurs marquent cette période. Titanic de James Cameron, bien que principalement tourné aux Fox Baja Studios au Mexique, filme plusieurs scènes à Halifax, en Nouvelle-Écosse, afin de capturer l’atmosphère de l’Atlantique Nord. X-Men de Bryan Singer, quant à lui, est tourné principalement en Ontario, notamment à Toronto et Hamilton, où plusieurs lieux emblématiques comme le Parkwood Estate et Casa Loma sont utilisés pour représenter l’école du Professeur Xavier.
À leur époque, ces films représentent les tournages les plus coûteux et ambitieux réalisés au Canada. Ils prouvent que le pays peut accueillir des blockbusters d’envergure mondiale et offrir aux studios américains une alternative crédible et efficace.
Dans les années qui suivent, plusieurs productions majeures poursuivent cette tendance et consolident le rôle du Canada dans l’industrie cinématographique. La saga X-Men reste fidèle à Hollywood North, avec X-Men: Days of Future Past (2014) et X-Men: Apocalypse (2016), tournés en grande partie à Montréal, notamment dans les studios MELS. Prolongement de l’univers des mutants, la saga Deadpool finit d’ailleurs par devenir une véritable carte postale d’un Vancouver qui ne se cache même plus, tant la ville chère à Ryan Reynolds assume sa présence à l’écran.


Parallèlement, d’autres productions choisissent le Canada tout en s’éloignant du coté urbain. C’est le cas du dyptique It (2017-2019), adapté du roman de Stephen King, dont la ville fictive de Derry prend vie dans la banlieue de Toronto. Plusieurs scènes ont été tournées à Port Hope et Oshawa, qui offrent l’architecture typique d’une petite ville américaine de Nouvelle-Angleterre.
Toronto s’est également imposée comme un décor de choix pour Guillermo del Toro, qui y a tourné plusieurs de ses films, dont Crimson Peak (2015) et The Shape of Water (2017), tous deux récompensés pour leur direction artistique. Plus récemment, de Scream 6 filmé dans un Montréal transformé en New York à The Last of Us (2023), tourné en Alberta, montrent que Hollywood North est plus actif que jamais et reste un pôle incontournable pour l’industrie mondiale du cinéma.
Le Canada, un copycat cinématographique idéal
On l’a vu, un des atouts majeurs du Canada est sa capacité à se transformer en n’importe quelle ville ou paysage du monde. Vancouver double régulièrement pour New York, Seattle ou San Francisco, tandis que Toronto devient Chicago ou Washington. Montréal, de son côté, n’hésite pas à jouer le rôle de Paris, Berlin ou même Moscou. Cette flexibilité fait du pays un copycat parfait des décors américains et européens, sans les contraintes budgétaires et réglementaires des tournages aux États-Unis ou les déplacements couteux en Europe. À ce titre, on peut se rappeler que les films Catch me if you can de Steven Spielberg et The Walk de Robert Zemeckis n’ont jamais quitté l’Amérique du Nord, malgré une intrigue se déroulant en grande partie sur le territoire français.
Mais Hollywood n’est pas le seul à utiliser le Canada comme terrain de tournage. Certains cinéastes français y trouvent également une porte d’entrée vers une imagerie nord-américaine inhérente au cinéma de genre. Alexandre Aja a tourné Never Let Go (2024) au Québec, tandis que Pascal Laugier y a réalisé Martyrs, The Tall Man et Ghostland. Même Quentin Dupieux a profité de l’environnement québécois pour recréer une banlieue américaine générique dans Steak, évoquant ainsi le Haddonfield du Halloween de John Carpenter.
Aujourd’hui: Un acteur clé de l’industrie mondiale
Hollywood North ne se limite plus aux tournages, il est devenu un écosystème cinématographique complet, doté d’infrastructures ultra-développées et d’une expertise reconnue mondialement. Alors que des studios de renommée internationale comme Pinewood Toronto, Cinespace et Vancouver Film Studios s’y sont installés, le Canada est également devenu un pôle d’effets spéciaux et de post-production incontournable. Des entreprises comme ILM Vancouver ou Rodeo FX y réalisent des effets visuels de pointe pour certaines des plus grandes productions du monde.
Si les réductions fiscales, pouvant atteindre 35 % des dépenses de production, ont longtemps été l’argument principal pour attirer les tournages, ce n’est plus le seul facteur aujourd’hui. Le savoir-faire des techniciens et artistes canadiens, que ce soit en post-production, en VFX, ou même en construction de décors, a fini d’ancrer Hollywood North comme une alternative désormais incontournable pour l’industrie du cinéma.
Avec des investissements massifs de la part de Netflix, Disney et Amazon, qui multiplient leurs productions au Canada et concluent des partenariats avec des studios locaux, Hollywood North continue de s’affirmer comme un pôle incontournable du cinéma mondial. Ce qui n’était autrefois qu’un plan B économique pour Hollywood est désormais une force structurante du cinéma mondial.

