The Monkey – Quand l’élégance s’effondre sur elle-même

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Adapter une nouvelle de Stephen King, c’est toujours une affaire de dosage. Ce ne sont pas forcément des récits complexes, mais ils reposent souvent sur une idée forte, une ambiance, une ligne claire. Les personnages existent en peu de mots, l’horreur s’insinue dans les détails, et c’est justement cette économie de moyens qui leur donne leur impact. Le danger, en passant au long métrage, c’est de vouloir gonfler ce qui n’a pas besoin de l’être. De chercher du volume là où il faudrait surtout faire tenir une tension, une ambiance, et quelques personnages justes.

Frank Darabont avait réussi ce pari avec The Mist, tirée du même recueil que The Monkey (Skeleton Crew). Il avait changé des choses — la fin, surtout — mais toujours en prolongeant l’élan de la nouvelle, en lui trouvant une forme cinématographique organique. Il en avait fait un film. Pas un exercice.

The Monkey, lui, commence pourtant sur une belle promesse.

La première demi-heure intrigue par la rigueur de sa mise en scène, le soin apporté aux détails, et ce ton instable entre inquiétude réelle et ironie noire. Osgood Perkins construit une tension par l’observation. Chaque apparition du singe devient un moment suspendu. Les objets, les gestes, les sons: tout semble s’aligner en silence pour conduire à l’inévitable. Difficile de ne pas penser à Final Destination, dans cette manière de filmer la mort comme un mécanisme caché, presque élégant. Et ça fonctionne.

Mais une fois le concept posé, l’élan se brise. Le film retourne dans le présent, suit les jumeaux devenus adultes, incarnés par Theo James… enfin, par Theo James et sa perruque. Le dédoublement passe surtout par les cheveux et les costumes, et on y croit à peine. Ça fait cheap, et ça casse un peu l’élan visuel installé jusque-là. Il faut croire qu’après Longlegs et la coiffure de Nicolas Cage, Perkins développe une sorte de concept capillaire.

Theo James dans The Monkey. © Courtesy of Neon

Au-delà du style, c’est toute la dynamique du film qui s’affaisse. Les dialogues deviennent plats, les scènes s’étirent, et le récit s’oriente peu à peu vers une banale histoire de vengeance. L’élément fantastique, pourtant central au départ, se retrouve relégué au second plan, comme un prétexte que le film ne sait plus comment assumer. Même si quelques morts conservent un vrai impact, la tension s’est envolée.

C’est là que le décalage avec la nouvelle devient évident. Chez King, The Monkey reposait sur une peur intime, un lien familial, un objet hanté. Le récit était resserré, direct, et l’horreur surgissait du quotidien. Perkins, lui, déréalise tout. Il cherche la figure, le motif, la mise en scène — mais oublie l’émotion, le concret.

Il reste une amorce prometteuse, quelques idées bien senties, et ce regard particulier que Perkins pose sur la mort et la mémoire. Mais sur une matière aussi resserrée, il fallait de la précision, pas de la dérive. À force de chercher la forme, il laisse filer le reste. Et à la fin, on regarde un film qui s’effondre sur ce qu’il aurait pu être.

The Monkey est un film de Ozgood Perkins sorti le 21 février 2025 au Canada.
Toutes les images de The Monkey sont fournies par Neon et utilisées à des fins journalistiques uniquement.

Tourné en Colombie-Britannique

The Monkey a été tourné en Colombie-Britannique, principalement à Vancouver et Maple Ridge. Forêts, maisons isolées et intérieurs feutrés offrent un décor sobre et maîtrisé, en ligne avec l’univers resserré du film. Ironiquement, l’action est censée se dérouler dans le Maine, État fétiche de Stephen King — mais une fois encore, c’est l’Ouest canadien qui sert de doublure.