Tron: Ares – La saga futuriste revient, entre héritage et incertitudes
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La bande-annonce de Tron: Ares vient tout juste d’être dévoilée, relançant une saga mythique du cinéma de science-fiction. Et si le film suscite autant de curiosité, c’est autant pour ce qu’il promet que pour ce qu’il représente : une véritable anomalie dans le paysage hollywoodien actuel. Un blockbuster de science-fiction esthétisant, sans super-héros, porté par un univers visuel et musical fort. Mieux encore : Tron: Ares a été tourné à Vancouver, confirmant une fois de plus le statut de la Colombie-Britannique comme terre d’accueil des superproductions ambitieuses.
Une saga culte, entre expérimentation technologique et esthétique immersive
Lancé en 1982, le premier Tron était un ovni. Si son intrigue pouvait paraître classique, c’est surtout sa technique qui impressionnait — et parfois déstabilisait. Mêlant prises de vues réelles, rotoscopie, images de synthèse et rétroéclairage optique, le film utilisait des procédés inédits qui ont repoussé les limites du possible. Malgré une réception critique mitigée à sa sortie, il est devenu culte pour son audace visuelle, posant les bases d’une esthétique numérique avant l’heure. Une référence qui influencera de nombreux artistes, graphistes et réalisateurs.
Il faudra attendre presque 30 ans pour voir une suite : Tron: Legacy (2010), réalisée par un jeune inconnu, Joseph Kosinski. Ce deuxième opus s’impose rapidement comme une claque visuelle, misant sur une 3D ambitieuse, une imagerie froide et stylisée et surtout une bande originale signée Daft Punk, qui deviendra instantanément culte. Le film souffre d’une structure narrative simpliste, et certains choix techniques — comme le rajeunissement numérique de Jeff Bridges — ont divisé. Mais il a su créer un véritable univers sensoriel, au point de transformer Kosinski en l’un des réalisateurs de science-fiction les plus convoités de la décennie (jusqu’à Top Gun: Maverick).


Une suite à la production chaotique
Dès la sortie de Legacy, Disney envisage une suite directe, toujours avec Kosinski à la réalisation. Mais l’échec de plusieurs superproductions ambitieuses comme John Carter, The Lone Ranger ou Tomorrowland refroidit les ardeurs du studio. Le projet est mis en pause, puis réactivé, avant d’être à nouveau stoppé par les rachats successifs de Marvel et de la Fox, qui reconfigurent les priorités du groupe.
C’est dans ce contexte flou que le nom de Jared Leto apparaît. L’acteur oscarisé rejoint le projet à la fois comme tête d’affiche et co-producteur, s’impliquant activement dans sa relance. La réalisation échoit finalement à Joachim Rønning(Pirates of the Caribbean: Dead Men Tell No Tales), pour un film censé relancer l’univers tout en l’ouvrant au monde réel. Car c’est là l’une des grandes surprises de cette bande-annonce : le monde de Tron semble cette fois s’immiscer dans le nôtre.
Visuellement, l’ensemble reste fidèle à l’ADN de la saga : lumières froides, costumes lisses, minimalisme graphique. Mais l’arrivée d’Ares, incarné par Jared Leto, dans un décor terrestre (tourné à Vancouver) redéplace les enjeux. Des scènes ont notamment été captées dans le hall de la Bentall 5 Tower, utilisée comme façade d’ENCOM, ainsi que sur le Cambie Street Bridge, transformé pour une scène de poursuite. Autre retour notable : Jeff Bridges, dont la présence confirme un lien narratif fort avec les précédents volets.
Enfin, impossible de ne pas parler de la musique, véritable colonne vertébrale de la saga. Après Daft Punk, c’est Nine Inch Nails (Trent Reznor et Atticus Ross) qui signent la bande-son. Un choix excitant, d’autant plus qu’il s’agit de leur première composition en tant que groupe depuis des années. L’héritage sonore de Tron, entre pulsations synthétiques et ambiance immersive, semble ainsi promis à une nouvelle évolution, dans la lignée des explorations électroniques du duo français.


Tron: Ares sortira en 2025. Une occasion de voir si cette franchise si singulière peut encore exister dans le paysage saturé des IP recyclées. Et une preuve de plus que Hollywood North, avec Vancouver en toile de fond, continue de jouer un rôle clé dans la fabrication des mondes de demain. Mais une question reste ouverte : qui portera véritablement la vision de Tron: Ares ? Là où Steven Lisberger et Joseph Kosinski incarnaient une ambition technologique presque artisanale, ce nouvel opus semble davantage impulsé par la volonté de Jared Leto de jouer dans la franchise. Or Tron n’a jamais été une saga de personnages ou de performances : c’est un cinéma de concept, d’univers, d’expérimentation visuelle. Une œuvre d’artisans plus que d’acteurs. Reste à voir si cette nouvelle équipe saura retrouver cette audace.

